D´Antigone à #WeToo

Les 5 et 6 Juillet 2018 à 20h15
au Senghor,
Centre Culturel d`Etterbeek

Il est bien des choses terrifiantes sur la terre
Mais la plus terrible et la plus étonnante
C’est le genre humain

Antigone, Sophocle (trad. Florence Dupont)

Dix ans après Electre de Sophocle, en juillet 2008, la Compagnie Côté Cour s’est lancée à la découverte d’une autre grande pièce et d’une autre célèbre héroïne de Sophocle sur les planches du Senghor, centre culturel d’Etterbeek : Antigone !

Sophocle est un auteur grec né en 495 avant J.-C. et mort à l’âge de 89 ans. Il a écrit 123 pièces dont une centaine de tragédies qui mettent en scène des héros souvent solitaires et rejetés comme Œdipe et sa fille Antigone, ou Electre. Il a aussi participé à la vie politique démocratique athénienne.

Il écrit Antigone en 442 avant J.-C. à l’âge de 53 ans. Antigone est la fille chérie d’Œdipe. Avant son exil et sa mort, le roi Œdipe a demandé à ses deux fils Etéocle et Polynice de régner ensemble. Ils refusent mais s’engagent à régner en alternance. Au moment où Polynice doit reprendre le pouvoir, Etéocle s’y oppose. Polynice lève alors une armée pour l’attaquer, ils se battent l’un contre l’autre et s’entretuent. Leur oncle, Créon, accède au trône et prononce son premier décret royal : Etéocle aura un enterrement digne, avec tous les honneurs, mais son frère Polynice sera laissé dans le désert, sans sépulture, sans hommages ni prières.

C’est alors que notre pièce commence… Antigone ne peut accepter cette loi de son oncle, injuste selon elle. Pour elle, il faut respecter les traditions sacrées et les dieux et il ne peut y avoir d’ennemis dans la mort.  Elle convoque sa sœur Ismène pour tenter de la convaincre d’aller enterrer leur frère malgré l’interdiction. Ismène refuse car en tant que femme, elle se sent faible et ne peut désobéir aux lois des hommes. Le peuple aussi a peur du nouveau tyran et se questionne.

Antigone et Créon vont s’enfoncer jusqu’à la tragédie dans leurs idéaux solitaires, de plus en plus sourds aux appels à la prudence et à l’équilibre soufflés par Ismène, Hémon et le chœur… Antigone perdra la vie et Créon, son fils, son épouse, la confiance du peuple et la capacité de régner. Les deux héros ne se sont pas laissés transformer par la rencontre avec les autres; tous deux sont restés isolés dans leur « penser seul », n’écoutant pas le « penser ensemble » du peuple, le chœur, qui invoque l’harmonie, la démocratie, la réconciliation entre la famille et l’État, entre la loi sacrée et la loi civile, la liberté et la tyrannie, l’individu et la société, la jeunesse et la vieillesse, l’homme et la femme…

Mais nous n’irons pas jusqu’à la tragédie finale… car les participant.e.s de l’atelier de théâtre de la Compagnie Côté Cour ont senti de nombreuses résonnances avec l’actualité contemporaine et notamment avec les actes de désobéissance civile de ceux et celles qui s’engagent collectivement pour défendre l’égalité des droits pour tous et notamment pour les femmes à travers les mouvements #MeToo (qui signifie « moi aussi, j’ai souffert de violences sexistes et je veux que cela cesse »)  et #WeToo (qui signifie « moi aussi, en tant qu’homme, je suis pour l’égalité des droits »).  Nous avons aussi été influencés par les écrits de la philosophe Sophie Klimis, spécialiste de la démocratie athénienne, qui nous a rappelé l’importance trop souvent négligée du chœur dans les tragédies grecques et notamment la tragédie d’Antigone.

C’est ainsi que peu à peu les témoignages des participant.e.s sur leurs révoltes personnelles contre les injusticessont devenus incontournables dans notre projet de création. Injustices familiales, sociales, conjugales ou témoignages d’actes de courage,  de désobéissance ou de résistance pour survivre dans un contexte de crise, de guerre, d’oppression ou de migration,  et enfin des appels au plaisir des corps et des messages de pardon et d’amour

Notre souhait est que nos spectateurs puissent se reconnaitre ou s’identifier dans nos histoires, nos MeToo et nos WeToo, pour créer tous ensemble un grand chœur de citoyens qui amènera ses réflexions en dehors du théâtre, pour dialoguer avec la société. Pour un monde plus équilibré et plus juste.

La Compagnie Côté Cour est une troupe semi-professionnelle composée des participant.e.s de l’atelier théâtre du CEC Atelier Côté Cour dirigé depuis 2005 par Viviane Wansart, comédienne et metteuse en scène, et assistée depuis 2015  par Giorgos Sapountzoglou, comédien et psychologue grec.  Pour cette création nous avons le plaisir de travailler depuis avril 2018 avec Fanchon Daemers, chanteuse, avec qui nous avons tenté de donner au chœur toute sa richesse musicale en nous initiant aux modes antiques grecs. Artistes engagé.e.s tous les trois, il.elle.s questionnent souvent la parole politique dans leurs projets artistiques et pédagogiques, sur les scènes ou dans les lieux alternatifs où il.elle.s interviennent.

Acteur.rice.s et choreutes : Jocelyne Bidart, Colette Boët, Anne Bourtembourg, Michel Brancart, Fanchon Daemers, Virginie Destatte, Elisabeth Djuric, Evangelos Gounaris, Isabelle Maloteau, Giorgos Sapountzoglou, Colette Solbreux, Michel Soubies et Colomba Vargas.

Texte : Sophocle – Traduction : Florence Dupont

Mise en scène : Viviane Wansart, avec Giorgos Sapountzoglou

Travail vocal et musical : Fanchon Daemers

Graphisme et photos : Carolina del Valle

« … selon Castoriadis, étudier la Grèce ancienne, ce n’est pas s’adonner à « l’histoire pour antiquaire » (…) c’est chercher à se comprendre et à se transformer soi-même, dans la mesure où c’est en Grèce ancienne que ce projet d’auto-élucidation critique et d’autocréation serait né. » Sophie Klimis